Il y a 25 ans, 1er 10km sur fond de Formule Un

Il y a 25 ans, le 1er mai 1994, j’avais 11 ans et je courais mon 1er 10km : « La route des châteaux » à Soignies avec mon Papa où l’on s’était préparés ensemble lors de nombreuses semaines auparavant.

Un défi que l’on s’était mis je ne sais plus pour quelle raison. Ce fut mon seul et unique 10km pendant très longtemps puisque je ne m’y remettrai que lors de mes études quand j’avais ± 20 ans. Même si j’ai fait un petit passage par de l’athlétisme (sprint et saut en longueur) vers mes 16-17 ans mais avec des entrainements plutôt footing de max 5km.

Un moment course à pied marqué par autre chose

Ce 10km fut un chouette souvenir sur le moment sauf que ce fut aussi ma jeunesse et ma passion pour la Formule Un (que je suivais depuis mes 9 ans avec les débuts d’un certain Michaël Schumacher) qui fut ébranlée avec la mort de deux pilotes et de nombreux blessés. Ces situations m’ont pour la première fois mis face à la mort et le fait que l’on était pas immortels et invincibles. Un vrai choc pour le petit enfant que j’étais. C’est bête parfois les sensations et les conséquences que des choses lointaines peuvent avoir sur nous.

Je me rappelle que la veille (le vendredi), j’avais été marqué par la sortie violente du pilote Barrichello blessé mais vite sur pied et la mort de cet autre pilote autrichien (Roland Ratzenberger) au nom imprononçable dont la voiture en perdition est venue violemment percuter un mur.

Mon père pour me faire relativiser peut-être un peu gauchement, m’avait expliqué à juste titre que ces pilotes savaient les risques qu’ils prenaient, qu’ils gagnaient beaucoup d’argent pour cela et que pour ces raisons lui ne voudrait jamais être un pilote. Sans doute un moyen pour lui de me décourager de faire pareil ? C’est en tout cas ce que je pense avec le recul aujourd’hui. Sur le moment, je ne réalise pas trop ce qui venait de se passer. Ce sera plutôt dimanche que je réaliserai. Pour le moment, place à ma course.

Ce dont je me souviens de la préparation

Au cours des 6 à 8 semaines qui ont précéder la course, mon père s’est improvisé un très bon coach. On a commencé à courir 2,5km 2x sur la semaine. Puis on ajouté la même distance chaque semaine en passant à 5 puis 7,5 et enfin 10km. Il avait repéré des parcours autour de chez nous pour y arriver. Très humblement, mon père face à ma facilité de courir vu mon profil très adapté à la course à pied me laissait le distancer alors qu’il suait à grosses gouttes pour combler la distance les dernières semaines. Mais je n’aimais pas cette sensation de le laisser seul dans l’effort. Pas que je sois un grand seigneur, mais voilà la course à pied, avec toute l’individualité qu’elle peut représenter, pour moi c’était surtout le côté sympa de terminer ensemble.

Mes 10km de La route des châteaux

Le jour J, il est 10h, je me sentais prêt. Au départ avec mon Papa, on arborait fièrement le t-shirt de l’évènement. Mauvaise pratique de débutants 😉

Très vite, on s’élance et je tombe sur Guillaume, un ami dont je m’étais un peu éloigné ces dernières années mais qui m’invite à courir avec lui. Je regarde mon père un peu triste de devoir le laisser et ne pas faire « notre » course ensemble. Il n’hésite pas une seconde et me convainc de continuer avec Guillaume.

Vers la fin où Guillaume avait finalement pris le large, je prends pour ligne d’arrivée un tapis bleu qui devait être là pour la puce sur le dossard. Je saute donc de joie pensant finir ma course. Mais j’ai vite compris que ce n’était pas fini et continue un peu penaud sur le moment. C’est ensuite une vraie euphorie qui s’empare de moi jusqu’aux derniers mètres où je découvre une arche un peu plus digne d’une arrivée de course à pied que je finissais en un peu moins de 51 minutes.

Après la course, le début d’une autre course

Après avoir passé la ligne, mon père me rejoint quelques minutes plus tard auprès de ma Maman et mes frères et sœurs. La fierté transparait en chacun de nous, c’était un moment magnifique. J’ouvre ma cannette de soda « Ice Tea » offerte pour l’occasion par le sponsor comme un trésor. Je m’en rappelle car c’est un des seuls sodas que mon père apprécie et uniquement après un effort. Elle reste donc la boisson de mon Papa chaque fois que j’en vois!

Il était ensuite prévu d’aller manger le repas de midi chez mes grands-parents à une petite demi-heure de voiture. Passionné de voiture et pas très intéressé par les discussions d’adultes, je demande après le repas pour aller regarder le grand-prix de Formule Un qui commence à 14h. Celui-ci étant toujours présenté dès 13h30 par les journalistes, je fonce dès 13h15 avec la permission d’allumer la boite de conserve (dixit mon arrière grand-père) pour regarder toutes les petites news du paddock.

Un grand-prix que je suis pressé de voir pour découvrir comment le pilote Ayrton Senna que je découvre et dont on parle beaucoup en termes élogieux, peine depuis le début la saison 1994 à faire de bons résultats dans sa nouvelle équipe Williams. Je venais de découvrir son rival de toujours, Alain Prost, qui venait d’arrêter en 1993 et gagner son quatrième titre de champion du monde. Bref j’étais curieux et j’attendais le départ avec impatience.

Une première ace à la mort, ça marque

Je ne me rappelle plus très bien de la course si ce n’est les incidents. D’abord évidemment la mort de Senna qui après me semble-t-il après un départ pas terrible, va sortir quelques tours plus tard de la piste et foncer dans un mur en béton à toute vitesse. Problème de freins à un très mauvais moment. Même s’il bouge encore au contraire du pilote autrichien la veille, l’espoir de survie était faible. J’ai vraiment senti la tristesse et la torpeur du commentateur de la RTBF. Ça m’a marqué. On pouvait donc disparaitre sans pouvoir vivre toute notre vie qui nous tendait les bras.

Je reprends mes esprits et je vais prévenir mes parents avec qui je discute de ce qu’il vient de se passer. On m’explique donc que ce sont les risques du métier. De mémoire, aucun adulte ne se demande si ça m’a affecté. Je ne  leur reproche strictement rien, si ça tombe c’est moi qui ait oublié. J’espère juste que si ça devait arriver à l’un de mes enfants, j’aurais le réflexe d’y penser. Mais rien n’est moins sûr même si je vous en parle ici.

Je reviens devant l’écran pour suivre la suite et un autre évènement me marque. C’est un nouvel accident d’un pilote italien (Alboreto) dont la roue va se détacher et venir percuter un mécanicien et un commissaire je pense. Et ce pneu qui arrive à pleine vitesse sur ces deux hommes va en blesser un des deux grièvement. À nouveau, ces images resteront gravées dans ma mémoire. Et surtout l’injustice après que l’on m’ait dit « oui mais les pilotes ils prennent des risques » de voir que des gens qui ne pilotent pas peuvent en être les dommages collatéraux et risquer eux aussi leur vie.

Depuis la Formule Un a beaucoup progressé! Les roues sont attachées par des câbles, la cellule de survie les protègent, le halo pour la tête également depuis peu,… Ce sont des améliorations incroyables qui permettent à tous les pilotes de moins risquer leur vie.

Un fait de vie, c’est tout

Au final, voilà ce ne sont que des voitures et des pilotes, même pas des gens de ma famille. Il y a des choses que l’on vit intensément et qui du coup restent plus que d’autres que l’on vit moins fortement. Ainsi fonctionnent les humains.

Ce moment de vie, j’avais envie de vous le raconter, suite à la lecture de cet article du journaliste RTBF Gaëtan Vigneron dont j’avais saisi comme je le disais plus haut toute la torpeur de ce qui se passait quand je regardais le grand-prix sur ce grand écran chez mes grands-parents.

Je n’ai pas vécu les belles années Senna – Prost mais j’aurai plutôt vécu l’ascension de Michael Schumacher que je n’aimerai pas beaucoup. Je fus plutôt Williams et du côté des pilotes sympa plutôt que compétiteurs. J’ai été un grand fan du gentleman Damon Hill et parce que j’avais la haine du Schumacher tricheur (avec ses coups de volant kamikazes) de Jacques Villeneuve qui représentait également le Québec qui me fascinait déjà à l’époque.

Mais ce 1er mai 1994, c’était quand même mon premier 10km et un chouette moment avec mon Papa. Bref un week-end impossible à oublier malgré les 25 années qui viennent de s’écouler. Pfiouuuu, petit coup de nostalgie et de vieux!

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